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Naufrage et aventures

ouvok Naufrage et aventures, Pierre Viaud

Les aventures de M. Viaud sont faites pour intéresser les cœurs honnêtes et sensibles ; on sera étonné des infortunes affreuses qu’il a éprouvées pendant 81 jours, depuis le 16 février 1765, jusqu’au 8 mai 1765 ; on conçoit à peine comment un homme a pu vivre dans une situation aussi terrible : c’est dans cette occasion qu’on peut dire que la vérité n’est pas vraisemblable ; mais tout ce qu’on rapporte dans cette relation est attesté : M. Viaud est actuellement plein de vie, et estimé de ceux qui le connaissent, sa bonne foi, son intelligence dans la marine, lui ont mérité la confiance de plusieurs négociants ; il ne craint pas de publier ses aventures, et de les laisser paraître sous son nom ; c’est lui-même qui les a écrites, on n’y a changé que quelques mots et quelques expressions en faveur de ces lecteurs difficiles, auxquels le style simple et souvent grossiers d’un marin aurait pu déplaire ; mais on a conservé précieusement ses idées, ses réflexions, sa manière de les rendre ; on a préféré, à une plus grande correction, cette rudesse marine, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui n’est peut être pas sans mérite, et qui a surtout un ton de franchise et de vérité, que l’on verra certainement avec plaisir. On laisse l’élégance et la délicatesse aux romanciers qui en ont besoin pour dédommager leurs lecteurs du vide de leurs productions ; quels effets pourraient produire, sans cet attrait, les actions souvent mal imaginées de leurs héros chimériques ! Elles attacheraient peut-être les jeunes gens qui recherchent avidement ces sortes d’ouvrages, et dont le goût n’est pas difficile ; mais les hommes faits les mépriseraient sans les lire. Les infortunes de M. Vaud n’ont pas besoin de ces ornements étrangers. On ne trouvera pas ici l’histoire de sa vie ; on n’y verra que la relation de son naufrage, et des malheurs qui l’ont suivi. M. P. Viaud est capitaine de navire, et a été reçu en cette qualité à l’amirauté de Marennes, au mois d’octobre 1761.

 Différents éléments ont rapidement fait douter de l’authenticité du récit. Pierre Viaud, est présenté comme « natif de Bordeaux » dans la première édition de 1770, puis « natif de Rochefort » dans les éditions suivantes. Dans l’introduction, l’éditeur avoue un travail de réécriture des aventures de Pierre Viaud. L’ouvrage est alors attribué à Joseph-Gaspard Dubois-Fontanelle, journaliste, homme de lettres, auteur dramatique et traducteur français, et le récit considéré comme imaginaire. En 1902, Henri de Régnier, qui en rend compte dans un article intitulé « Viaud et Loti », le tient pour une « supercherie ».

Selon les travaux du professeur Robin F. A. Fabel, l’existence du capitaine Pierre Viaud est cependant attestée par les archives de la Charente-maritime. Né à Saint Nazaire, le 16 septembre 1725, il a commencé à voyager à 16 ans. On le retrouve sur de nombreux navires ( La Profonde, La Gironde, L’Ajée, L’Alcion, L’Hirondelle…). En 1751 à 26 ans, il est sous lieutenant sur le Vaisseau du Roi Le Zéphir. En octobre 1761, il obtient son brevet de capitaine de navire à l’Amirauté de Marennes. Selon les archives de la maison Schröder et Schyler, c’est comme second du capitaine Saincric qu’il appareille début 1765 du port de Bordeaux pour Saint-Domingue, à bord de L’Aimable Suzette, armée par Brossard, pour une expédition en droite ligne consistant à y faire commerce de vin, d’huile, farine, beurre, jambon, savon et de la « pacotille » composée entre autres de toiles, souliers, chapeaux, assiettes et tabac. Tombé malade, Pierre Viaud ne peut pas quitter l’île avec L’Aimable Suzette pour rentrer à Bordeaux. C’est alors qu’il affrète un autre navire, Le Tigre, pour la Louisiane. Le naufrage du navire Le Tigre est aussi attesté dans les archives de James Grant, gouverneur de la Floride de l’est, par une lettre du 5 août 1766 au Ministère du Commerce à Londres et par des lettres du commandant du Fort St Mark, George York Swettenham, lieutenant irlandais du 9ème régiment d’infanterie, qui avait aidé Viaud. La date de son décès est inconnue. Robin F.A. Fabel relève une mention, dans l’Année littéraire 7 de 1769, que sa santé s’améliorait. Il en conclut que ses épreuves l’avaient gravement affectée et que son décès est peut-être intervenu dans un temps voisin de la publication de son livre.

C’est donc, comme il était fréquent au 18ème siècle, sur la base d’une aventure réelle que Dubois-Fontanelle a composé un récit enjolivé pour assurer, auprès d’un vaste public, le succès d’une publication qui reste basée sur des faits réels. (Source : wikipedia)

Ce texte du domaine public est consultable dans sa version de 1827, qui a servi de base à la présente édition, sur Gallica.

Pour cette édition nous avons pris le parti d’adapter l’orthographe au plus près de celle en vigueur aujourd’hui, sans toutefois modifier le sens de la narration.

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